Noël était l’événement tant attendu par les petits et les grands aux Antilles. Tout au long de l’année on engraissait le cochon avec les bananes qu’on faisait cuire sur un four, situé à l’extérieur de la maison « fouillé difé » le four était composé de deux gros parpaings ou deux grosses pierres que l’on alimentait avec du bois de récupération. On le nourrissait également des restes du repas de midi et du soir.

Boudin

Une à deux fois par semaine on lui donnait de l’herbe fraîchement arrachée du jardin. Il se roulait aussitôt dedans, sans doute pour se débarrasser de la boue qu’il avait sur lui.

Eh oui ! même le cochon aime se sentir propre… On lui donnait également de l’eau, qu’il renversait aussitôt. Après tout ! il porte bien son nom.

 Ceux qui avait la chance de posséder un petit lopin de terre cultivaient une petite parcelle « d’ignames, choux de chine, couscous, pois d’angole, topinambours », les légumes fars aux Antilles.

Dès la mi-juillet, à chaque fois que nous mangions une orange, l’écorce était mise à sécher. Combien d’entre vous on déjà mangé une vraie orange des Antilles, rien à voir avec celle que l’on trouve en Europe.

Quand nous avions la chance de tomber sur « une orange greffée » on mangeait le téton en prime. Après quelques semaines de séchage, l’écorce était mis à tremper dans du rhum blanc pendant plusieurs mois.

Quelques jours avant noël toute la famille s’activait à la préparation des liqueurs. Nous allions ramasser des noix de coco de gauche à droite pour la préparation du fameux « punch coco », car nous avions la chance de vivre à la campagne ; à cette époque il n’y avait pas de problème de voisinage et de propriété privée, la libre circulation sur les terres voisines était encore possible...

Enfin noël ! Vers 4 heures du matin mon père allumait une torche « flambeau » lampe artisanale confectionnée spécialement pour l’occasion à l’aide d’une bouteille en verre remplie de pétrole, et rehaussée d’un vieux chiffon en guise de mèche.

 

A cette heure-là il faisait encore nuit, grand dieu j’adorais ce moment-là, s’était féerique ! C’est en chef d’orchestre que mon père donnait des consignes à tout le monde, puis les choses sérieuses commençaient. Bien entendu, pas pour le cochon qui était effrayé, savait ce qui l’attendait rien qu’en entendant crier les autres cochons du voisinage.

Tel un danseur de « Gwo Ka », mon père rentrait en piste, non pas avec un tambour à la main, mais avec le grand couteau qu’il avait soigneusement aiguisé la veille. Chacun savait ce qu’il avait à faire : quatre à cinq personnes étaient nécessaire pour maintenir le cochon au sol, pendant que mon père tentait de l’égorger.

Le cochon se débattait en hurlant de toutes ses forces, pendant ce temps-là ma mère récupérait le sang comme elle pouvait à l’aide d’un récipient, dans lequel elle avait mis du sel, du vinaigre et de l’eau qu’elle remuait sans cesse pour que le sang ne coagule pas.

Une fois la bête abattue ma mère s’activait à la cuisine avec ma sœur aînée pour préparer le fameux « boudin créole ». Mon père quant à lui découpait le cochon en morceaux, il n’était pas boucher « ni d’oreille ni de métier », comme beaucoup d’antillais, il connaissait chaque partie du cochon.      

 Mon frère Fabrice et moi-même trop jeune à l’époque pour aider à quoi que ce soit, nous faisions gonfler la vessie quand s’était un « mal » en guise de ballon. Mes parents remerciaient tous ceux qui étaient venus donner un coup de main avec quelques kilos de viande et du boudin, de quoi leur permettre de passer un bon noël. Le reste de la viande était mis en baril avec du gros sel.

Certaines années quand nous n’avions pas de cochon à tuer, mon père achetait un jambon, une fois dessalé ma mère découpait de fines tranches qu’elle saupoudrait de sucre de canne, avant de les glacer de chaque côté avec le fer à repasser « petit nègre » qu’elle faisait chauffer préalablement, un vrai régal !

Le soir de noël mes frères et moi chantions des cantiques tard dans la nuit, les barils en plastique servaient de tambours, les bouteilles de triangle et de cymbale. Nous tapions à l’aide de baguettes sur une vieille table en bois en guise de ti bois le tout arrosé de Punch coco et soda pays. Les parents toléraient un petit verre ou deux ce jour-là. Les plus âgés allaient à la messe de minuit et fêtaient noël après.

 

Aujourd’hui, un tel noël me paraît difficile aux Antilles puisque les antillais vivent à l’européenne. Belle maison en dur, surtout pas de case en bois synonyme de pauvreté ! Pas de coq qui chante à 5 h du matin il y a le portable dernier cri qui sert de réveil ».

Ne parlons même pas des odeurs de « caca poule » ou de « caca cochon » qui pourraient ramener des insectes en tout genre. Plus question de jardiner, le terrain est systématiquement recouvert de gazon. Pourquoi s’emmerder à cultiver des légumes puisque nous sommes envahis depuis quelques années de supermarchés et grandes surfaces en tout genre.

Le jour de l’an était fêté différemment : la majorité de la population qui se rendait à la messe, certains hommes allaient à l’église, très tôt le matin pour ne pas être vu. Ils allaient saluer le bon Dieu comme disait mon père, car il était de ceux-là...

Cloche2

Après la messe ma mère servait à toute la famille un petit verre de « vermouth » champagne local à l’époque. Ma tante Alicia me donnait une mandarine à manger et me conseillait de mettre les graines dans mon cartable…

S.DULIO

 

Cliquez sur le lien suivant pour écouter : source youtube le 4 juin 2016

https://www.youtube.com/watch?v=mNecuer3Omg

 

 

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